Je savais qu'à l'habituel, lui et moi n'étions pas de très grands confidents, mais j'aurais voulu lui poser quelques questions assez complexes. J'aurais voulu, pour que nous débutions au mieux notre relation, qu'il m'explique au moins la raison de sa présence-même dans ma vie. Il ne me serait jamais venu à l'idée de le questionner de la sorte sur ce qui allait suivre tout en le fixant droit dans les yeux; ces yeux si profonds et empreints d'innocence.
Tout d'abord, j'aurais voulu lui dire, et ça par n'importe quel moyen fut-il, que tout cela voulait dire à peu-près la même chose. Ça signifiait que j'avais mal. J'avais mal comme personne d'autre sur Terre. Il ne pouvait pas être mon ami. Du moins, je ne le désirais pas, car pour moi, les amis fonctionnaient de la même manière qu'une paire de lunettes : ça donnait l'air intelligent, mais ça se raillaient facilement...Mais heureusement, cette fois-ci, j'étais presque certaine d'être tombée sur une bonne paire de lunettes : lui. Je ne voulais pas connaître ses réponses à toutes mes questions, juste qu'il soit plus qu'un ami pour moi. Je ne voulais pas déjà affirmer mes sentiments envers lui, juste prendre le temps de lui expliquer l'état de la situation. A vrai dire, la première fois que je me suis aperçu de sa présence dans mon champs de vision, j'étais déjà assez déçue que ça ne se soit pas produit plus tôt. Pour ne pas vous mentir, c'est à peine si, auparavant, j'accordais ne serait-ce qu'un peu d'importance à son existence...
Il s'est avéré par la suite que je me suis sentie entièrement possédée par son image. Cette image, celle que j'avais de lui, rendait mes yeux aveugles de tout autre être masculin. Cela m'empêchait de raisonner, de penser à autre chose ou quelqu'un d'autre que lui. Je lui posais trop de question, et j'étais, par conséquent, trop curieuse d'en apprendre d'avantage sur lui. Le simple fait qu'il parlait peu inspirait en moi un réel suspense. Je me suis plusieurs fois surprise à rêver de lui. Je m'interrogeais de plus en plus sur lui, et sur tout ce qui faisait qu'il était aussi mystérieux.
J'éprouvais le besoin de songer à autre chose que lui, à concentrer mon attention sur une autre personne, mais je n'y arrivais pas. Je n'avais pas envie de l'oublier, parce que j'avais l'impression d'être perdue, d'effacer une partie de moi-même en agissant de la sorte. Ses yeux exprimaient une expression que je n'avais encore jamais croisé dans un regard, une expression que je ne connaissais pas. Ils étaient si profonds, si empreints d'innocence que l'on aurait cru lire en eux. J'adorais aussi sa gestuelle. Je trouvais cela assez intéressant d'observer quelqu'un et d'essayer de définir son caractère rien qu'en observant sa gestuelle, comme si l'on pouvait attribuer l'adjectif « nerveux(se)» à une personne rien que parce qu'elle tapoterait nerveusement la mine de son crayon-à-papier contre le rebord d'un bureau de classe ou parce qu'elle aurait une passion dévouée pour le fait de dévorer tous ses stylos. Tout en lui me plaisait, et le simple fait de dire qu'il avait des défauts aurait été un mensonge à mes yeux. Je considérais vraiment qu'il n'était pas comme les autres garçons, qu'il était bien plus mystérieux et intéressant qu'eux.
C'est alors que je me suis dit qu'il n'était pas normal que je me passionne autant devant l'image d'un garçon et à l'écouter parler. J'ai donc saisi que j'étais amoureuse de lui. Avant, je pensais seulement être attirée par sa présence, par le fait de vouloir mieux le connaître. Je me souviens très bien de ce jour-là... où plutôt, de ce soir-là. C'était le soir du premier janvier. Ma meilleure amie et moi étions allées à l'avant-première d'un film; elle était restée veiller chez moi. Nous nous étions couchées aux environs de cinq heures du matin. La cause en était que durant toute la nuit, il avait été le centre d'intérêt principal de nos conversations (enfin, juste pour moi; mon amie n'éprouvait strictement rien envers lui). Je questionnais beaucoup mon amie sur lui. Je lui ai expliqué tout ce que j'aimais chez lui. Nous avons vraiment veillé toute la nuit à converser sur lui et à rabaisser les autres garçons. Nous en avions donc conclu que ce que j'éprouvais envers lui ne pouvait se résumait qu'à un sentiment démesuré d'amour.
Je n'avais jamais aimé comme je l'ai aimé. Je trouvais que c'était un sentiment assez étrange d'être intrigué par la personne que j'aimais. Il avait certainement dû remarquer que le nombre de fois dont je tournais la tête pour croiser son regard n'était plus calculable sur les doigts d'une main, ni de deux réunies.
Ma seule préoccupation fut ensuite de faire en sorte qu'il n'apprenne pas à me détester, même s'il en éprouvait peut-être plus qu'un besoin. J'avais peur, mais j'avais tellement vécu de moments difficiles, que plus rien n'était capable de m'arrêter à ce niveau-là. J'avais l'impression d'être tombée tellement bas que je ne pouvais plus tomber plus profond dans ce gouffre (pure logique). J'avais besoin de cet être mystérieux qui hantait toutes mes nuits. J'avais besoin de lui comme un c½ur a besoin de battre...
Mélanie.